NIKITA IMBASSAI...

quelques extraits de texte « IMBASSAI »

 

Extrait 3 :
En errant à travers le site, j’avais remarqué qu’un type me suivait discrètement, à distance. Tel un animal apeuré, mais curieux, qui n’ose pas rentrer en contact, je le sentais tourner autour de moi, tout en gardant un périmètre de sécurité. Au bout d’un certain temps, irrité par ce manège, j’allai à sa rencontre.
Vieux bonhomme de petite taille, sans âge, à la peau cuivrée, vêtu d’une chemise et pantalon en coton blanc cassé, de sandales en toile et chapeau en paille… il me reçut avec un léger sourire. La douceur et la profondeur de sa voix choquaient avec son regard perçant d’aigle, dont émanait une énergie saillante. Il me dit qu’il était le gardien du site depuis plus de cinquante ans. Que ces ancêtres avaient vécu depuis des générations dans cette jungle, et qu’il était un peu le dernier garant de la sauvegarde de ce lieu de culte, si vénéré dans le monde maya. Quand il me demanda le pourquoi de ma visite, pour voir des pierres ensevelies au milieu de plantes, si loin de chez moi… Je lui expliquai les raisons de mes pérégrinations, la fuite du monde moderne, ma quête du bonheur, la recherche de « L’homme nouveau ». Aussi je lui parlai des différents pays traversés pour arriver jusqu’ici.
Il me dit que la manière dont j’étais entré dans le site… La manière que j’avais d’observer et de ressentir la forêt, de toucher les roches angulaires des temples et de leur parler, de grimper tel un singe maladroit à la cime de l’un deux et de m’émerveiller du spectacle offert… L’avait interloqué et touché. D’où sa curiosité de venir à ma rencontre, sans s’imposer.
Il parlait peu, mais très posé, avec de longs silences entre les phrases, comme pour laisser le temps à l’interlocuteur d’assimiler et digérer le sens précis des mots choisis.
Dans ce court échange, il me dit que j’étais une belle personne. Et que tout ce voyage, cette recherche de l’autre, n’étaient – inconsciemment – que des alibis. Qu’en fait,  je « me » cherchais, et que j’étais en train de « me » trouver. Certains y parviennent, rajouta-t-il, au fond de leur lit, dans la maison où ils sont nés… D’autres n’y parviennent jamais… Et enfin une autre classe de créatures comme moi, ont besoin d’errer à travers le monde, parfois à travers plusieurs existences, pour se rencontrer et être en union complète.
Il finit par : « Tu n’es pas très loin de ton but… Je ne sais pas où aboutira ce voyage, mais il faut que tu continues à te purifier. Ta sensibilité envers la jungle n’est pas courante. Je te recommande d’aller à la rencontre de la mère des forêts : l’Amazonie. Là-bas, tu vivras une expérience qui te servira pour l’avenir. Et sache que si tu la ressens comme une épreuve, elle n’en sera que bénéfique, et te rapprochera un peu plus de ton toi-même ».