NIKITA IMBASSAI...

quelques extraits de texte « IMBASSAI »


Extrait 2 :
Deux cent cinquante wagons… 2,5 km de convoi… Ce train, le plus long et lent du monde qui sert à transporter les milliers de tonnes de fer de Zérouate à Nouadhibou pour y être vendu, est l’unique moyen de locomotion pour s’enfoncer à l’intérieur de la Mauritanie.
Le dernier wagon – « la maison » – comme ils l’appellent, est celui des voyageurs officiels. Sorte de soute à bétail où s’entassent les gens fortunés, les autres devant se contenter de ceux à ciel ouvert, pour un voyage diabolique fait de sable et de secousses.
« La maison », qui a pour tout confort deux planches en bois collées aux parois en guise de sièges, et des hublots carrés disséminés ici et là en guise de lampe et de clim, est prise d’assaut dans un bordel chaotique. Qu’ils soient vieillards, enfants, femmes enceintes… Y’a pas de règles pour obtenir le précieux sésame : obtenir une place à bord !
Tant bien que mal, j’arrive à me hisser…
Je suis le seul blanc. Pas tranquille quand même…
Pourtant dans l’espace bondé, on me fait une place taille 36/37 sur le banc. Et là commence ce qui pourrait être un documentaire de « 52 à la une ».
Le train se met en branle, et comme prévu, des kilos de poussière rentrent par les hublots, seuls passages d’oxygène de « la maison ». L’air devient vite irrespirable. Je m’empresse de sortir le kit chèche/lunettes de soleil pour me protéger le visage. La chemise à manches longues, est boutonnée jusqu’en haut, le col remonté.
Au fur et à mesure, mes voisins commencent à me parler. Ils veulent savoir d’où je viens, où je vais… Ici, être français est bien vu. Bien conditionnés à l’époque de l’AOF, pour eux, c’est la France qui a développé le pays. Ils en sont reconnaissants. Je n’ai pas envie de rentrer dans des débats sur le colonialisme et la France-Afrique… Donc j’acquiesce poliment.

La nuit tombe. Par magie, mon amante fidèle, la lune, qui s’est levée, vient doucement se caler dans l’orifice en face de moi. Elle m’accompagnera une partie de la nuit et m’aidera à supporter les onze heures tumultueuses de vibrations et du manque de place.  Mon gros orteil au sol, réveillant presque trois personnes à la ronde, à chacun de ses mouvements.